Tout le monde a un héritage. C’est la somme de nos expériences et des sentiments qui s’amoncellent au cours du temps. Quand celui-ci a pour centre la musique, c’est l’aboutissement d’années d’apprentissage autour du mystère de la composition et de l’émotion. Face à un monde qui s’affole, où la musique doit s’équilibrer car elle est le résultat de périodes musicales différentes, Shazz avait besoin de nous transmettre l’« Heritage » de ses influences musicales.
Avec son premier maxi chez Fnac Division, « Moonflower » (1992), on trouve toute la délicatesse d’un garçon originaire de Dunkerque qui exprime son amour complet pour Larry Heard. Très tôt un groupe de fans va se former autour de l’artiste français qui a choisi la porte de la Deep house pour rejoindre un mouvement de dance music qui devient global. En suivant Eric Morand chez F. Communication, deux ans plus tard, Shazz développe une palette sonore riche qui caractérise le son du label. Ses maxis s’approchent délicatement de Detroit, en collaboration avec Ludovic Navarre ou Laurent Garnier, mais aussi vers le jazz, et capturent une fibre house authentique très aigue qui persiste plus de quinze ans après. Shazz se multiplie alors en produisant, parallèlement, des maxis qui jouent avec l’idée du hit techno. Quand il signe chez Columbia à la fin des années 90, il est devenu un artiste plus solitaire, qui aspire à l’indépendance et veut se donner les moyens de produire chez lui, à la maison. Mais les artistes indépendants qui signent chez les majors vivent souvent de nombreuses frustrations. Trois albums consécutifs [« Shazz » (Columbia 1998), « In the light » (Epic 2001), « Beautiful » (ULM 2004)] n’offrent pas à Shazz le succès de masse qui caractérise le sommet de la French Touch, mais ils lui permettent de développer son talent de compositeur, même si le dernier opus « Beautiful », plus Soul, a déconcerté certains fans historiques, ceux de la Deep house.
Aujourd’hui Shazz a retrouvé avec le label indépendant Pschent le plaisir d’appartenir à une écurie réduite. En étroite collaboration avec Michael Robinson, artiste interprète, Shazz produit avec Heritage l’album d’un homme plus mûr, qui désire dire quelque chose, mais sans le crier. L’écriture et les vocaux de Michael sont comme le prolongement de l’âme de Shazz, ils emmènent le projet vers des contrées Gospel, à l’orée de la Soul et du Blues.
Après l’écriture, Shazz a proposé à Didier Lestrade une relecture de certains morceaux pour développer plus encore le projet… Au final, certains titres ont été enrichis d’une seconde partie comme pour prolonger l’histoire et quelques touches d’electronica sont venues dynamiser l’ensemble.
Ce nouveau projet de Shazz est un véritable retour en forme de sagesse et de bonheur. Heritage symbolise le nouveau regard que suscite l’évolution du travail des artistes de Deep house qui bien qu’un peu délaissés, sont pourtant désormais considérés comme les Justes du mouvement mondial de musique électronique.